Premier scandale :
En 1952, le mathématicien et cryptologue britannique Alan Turing, héros ayant décrypté le code de la machine nazie Enigma durant la seconde guerre mondiale, a été condamné pour homosexualité, ce qui était alors considéré comme un crime en Grande-Bretagne.
Deuxième scandale :
Le 24 décembre 2013, Alan Turing bénéficia, à titre posthume, d’une « grâce royale » accordée par Élisabeth II à la demande du gouvernement britannique.
Mais de quoi Alan Turing devait-il être pardonné ?
Il n’avait commis aucun crime : il avait été victime d’une loi injuste et d’un État qui l’avait persécuté en raison de son homosexualité.
La notion même de « grâce » contient ici une condescendance intrinsèque : celle des puissants qui, de tout temps, se sont arrogé le droit de pardonner avec magnanimité à ceux qu’ils avaient eux-mêmes condamnés, persécutés ou humiliés injustement.
En accordant sa grâce à Alan Turing, l’État britannique inversait donc une nouvelle fois les rôles : le persécuteur prétendait pardonner à sa victime.
Ce n’était pas à la monarchie britannique de gracier Alan Turing. C’était à l’État britannique de reconnaître solennellement sa faute et de demander humblement pardon à sa mémoire, à sa famille ainsi qu’aux milliers d’autres hommes persécutés pour les mêmes raisons.