Pourquoi la chrétienté et d’autres religions se refusent à l’idée que les orgasmes humains soient offerts au Dieu créateur de l’Univers pour le remercier de la beauté de sa création ?

Pourquoi la chrétienté et d’autres religions se refusent à l’idée que les orgasmes humains soient offerts au Dieu créateur de l’Univers pour le remercier de la beauté de sa création ?

Si j’étais croyant, j’offrirais à Dieu, mon créateur, tous mes orgasmes pour le remercier de la beauté de sa création.

Cette idée peut paraître provocatrice.

Elle ne l’est pourtant nullement dans mon esprit.

Elle procède au contraire d’un raisonnement extrêmement simple.

Si je croyais en Dieu, je croirais qu’il est le créateur de l’Univers.

Je lui serais reconnaissant de la beauté du monde, de la beauté de la vie et de cette extraordinaire capacité qu’il aurait donnée aux êtres humains d’éprouver du plaisir.

Pourquoi exclurais-je de cette reconnaissance le plaisir sexuel ?

Pourquoi pourrais-je remercier Dieu pour un magnifique paysage, pour le parfum d’une fleur, pour la saveur d’un fruit, pour la musique qui m’émeut, pour l’amour que je porte à un autre être humain — mais pas pour l’orgasme que mon corps me permet d’éprouver ?

Il y a là quelque chose que je ne comprends pas.

Si Dieu a créé l’être humain, qui a créé l’orgasme ?

Pour un croyant, la question devrait être embarrassante par sa simplicité.

L’être humain n’a pas inventé l’orgasme.

Il n’a pas davantage inventé son corps, son cerveau, ses organes sexuels, les mécanismes physiologiques du désir ou ceux du plaisir.

Si tout cela appartient à la Création, alors l’orgasme appartient lui aussi à la Création.

Pourquoi faudrait-il donc considérer comme indigne de Dieu ce que Dieu lui-même aurait créé ?

On pourra évidemment me répondre que toute faculté humaine peut être mal utilisée.

Assurément.

La sexualité peut être violence, contrainte, exploitation, domination, humiliation ou souffrance.

Mais ce n’est pas de cela que je parle.

Je parle de la sexualité librement consentie entre êtres humains amoureux, dans le respect absolu de chacun, et du plaisir qu’ils peuvent donner, recevoir et partager.

Qu’y aurait-il là qui soit indigne d’un Dieu créateur ?

Remercier Dieu avec ce qu’il aurait lui-même créé

Imaginons donc que je sois croyant.

Après avoir contemplé un coucher de soleil, je pourrais dire :

« Merci, mon Dieu, pour cette beauté. »

Après avoir écouté une musique qui me bouleverse :

« Merci, mon Dieu, de m’avoir donné la faculté d’éprouver cette émotion. »

Après avoir aimé :

« Merci, mon Dieu, de m’avoir donné la capacité d’aimer. »

Pourquoi, après un orgasme, me serait-il interdit de penser exactement la même chose ?

Merci, mon Dieu, de m’avoir donné cette extraordinaire faculté d’éprouver du plaisir. Je vous offre ce plaisir en remerciement de la beauté de votre Création.

Je ne vois dans cette pensée ni blasphème ni obscénité.

J’y verrais plutôt, si j’étais croyant, une forme de gratitude.

Le corps serait-il moins digne que l’esprit ?

C’est peut-être là que se trouve le fond de mon interrogation.

Nous acceptons facilement que l’être humain puisse élever vers Dieu ses pensées, ses prières, ses souffrances, ses sacrifices, son amour.

Pourquoi son corps devrait-il rester à la porte ?

Pourquoi la jouissance physique serait-elle spirituellement inférieure à l’émotion esthétique ?

Pourquoi le plaisir serait-il suspect simplement parce qu’il est charnel ?

Et surtout : pourquoi faudrait-il opposer le corps à l’esprit si l’un et l’autre ont le même Créateur ?

Je ne prétends évidemment pas apporter une réponse théologique à ces questions.

Je constate seulement qu’elles se posent.

Et Jésus ?

Je ne trouve pas dans le message de Jésus une célébration de la sexualité.

Mais je n’y trouve pas davantage cette étrange proposition :

« Dieu vous a donné la capacité d’éprouver un plaisir extraordinaire, mais surtout ne songez pas à l’en remercier. »

C’est précisément ce silence qui m’interroge.

Je ne veux donc ni faire de Jésus un apôtre de la liberté sexuelle ni lui faire dire ce qu’il n’a jamais dit.

Je pose une question beaucoup plus simple à ceux qui se réclament de lui et, plus généralement, à ceux qui croient en un Dieu créateur :

Pourquoi Dieu pourrait-il être remercié pour toutes les merveilles de sa Création, sauf pour celle-là ?

Si j’étais croyant…

Je ne le suis pas.

Mais si je l’étais, je ne pourrais concevoir un Dieu qui m’aurait donné un corps capable d’aimer, de désirer et de jouir pour m’ordonner ensuite d’avoir honte de ce qu’il aurait lui-même créé.

Je distinguerais évidemment la liberté sexuelle de l’irresponsabilité sexuelle.

Le respect de l’autre, son consentement et sa liberté constitueraient pour moi des limites absolues.

Mais à l’intérieur de ces limites, je ne considérerais pas le plaisir comme une faute.

Je le considérerais comme un cadeau.

Et puisque je ne saurais offrir à Dieu quelque chose qu’il ne posséderait déjà, je lui offrirais au moins ma reconnaissance.

Voilà pourquoi, si j’étais croyant, j’offrirais à Dieu, mon créateur, tous mes orgasmes pour le remercier de la beauté de sa création.

Et je serais très curieux que l’on m’explique pourquoi Dieu pourrait en être offensé.