Gabriel Attal et le principe de Peter

Gabriel Attal et le principe de Peter

En 1969, Laurence J. Peter formulait un principe devenu célèbre :

« Dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s’élever jusqu’à son niveau d’incompétence. »

Autrement dit, un individu compétent est promu jusqu’au jour où il accède à des fonctions pour lesquelles ses compétences ne suffisent plus.

J’ignore si Gabriel Attal connaît ce principe. Je lui recommande vivement d’en prendre connaissance. Il pourrait y trouver matière à réflexion sur sa propre carrière.

Car Gabriel Attal a connu une ascension politique fulgurante : député, secrétaire d’État, ministre, Premier ministre à 34 ans !

À cette vitesse, on pourrait craindre qu’il ait franchi son niveau d’incompétence avant même d’avoir eu le temps de s’en apercevoir ! )

Mais venons-en à ce qui m’intéresse véritablement : l’économie française et son avenir.

Une excellente idée ! Et après ?

Gabriel Attal et plusieurs députés de son entourage politique ont eu une excellente idée : proposer la création d’un fonds souverain destiné à contribuer au financement des retraites.

BRAVO !

Je ne plaisante absolument pas.

Voilà enfin des responsables politiques français qui semblent avoir découvert qu’un État peut constituer un capital productif et en percevoir les dividendes.

Mais, après avoir salué cette initiative, je me pose une question :

Est-ce vraiment tout ce qu’ils ont trouvé à faire avec un fonds souverain ?

Constituer un capital collectif pour contribuer au financement des retraites ?

Fort bien !

Et ensuite ?

Pourquoi pas le remboursement de la dette publique ?
À ce jour, seul Galouzeau assure que, s’il est élu président, il remboursera la dette à concurrence de 12 milliards d’Euros annuellement : il n’y faudra pas moins de 300 ans… 😂

Pourquoi pas le financement des dépenses de l’État ?

Pourquoi pas la disparition progressive de la fiscalité d’État ?

Pourquoi pas la distribution à tous les habitants d’un dividende universel provenant des bénéfices de ce capital collectif ?

Autant de perspectives qui semblent totalement absentes de leur réflexion publique.

Je trouve cela intellectuellement consternant.

Car il ne suffit pas de découvrir un instrument économique. Encore faut-il être capable d’en imaginer les applications.

Inventer la roue pour fabriquer une brouette, sans envisager qu’elle pourrait aussi servir à construire une automobile, voilà une singulière conception du progrès !

Gabriel Attal est le chef. Qu’il assume !

Je n’ai aucune raison de m’en prendre particulièrement aux députés qui l’entourent.

Ils proposent une initiative intéressante. C’est déjà appréciable.

Mais Gabriel Attal est leur chef politique.

Il aspire à exercer les plus hautes responsabilités de la République.

Il lui appartient donc de donner à cette initiative une dimension nationale, économique et sociale.

Un chef politique n’est pas là pour suivre ses troupes. Il est là pour leur ouvrir des horizons qu’elles n’avaient pas nécessairement imaginés.

Je déplore, avec un immense regret, que Gabriel Attal ne se soit pas, à ce jour, prononcé PUBLIQUEMENT sur la constitution d’un fonds souverain.

Qu’attend-il ? Le peuple français n’attend que de telles propositions rationnelles et innovantes !

Or, à mes yeux, Gabriel Attal semble s’arrêter précisément au moment où la réflexion devrait commencer.

Voilà pourquoi le principe de Peter me revient irrésistiblement à l’esprit.

Aurait-il atteint un niveau de responsabilité auquel son imagination économique ne parvient plus à suivre ?

Je pose la question avec toute la méchanceté humoristique qu’elle mérite.

Et surtout avec le souhait qu’il me démontre le contraire !

En 1999, je réfléchissais déjà à tout autre chose

Revenons vingt-sept ans en arrière.

En 1999, alors que le fonds souverain norvégien n’en était qu’aux débuts de son accumulation financière, je concevais personnellement un dispositif reposant sur la constitution d’un capital collectif, son investissement et le réinvestissement de ses bénéfices.
Je n »ai pas inventé le feu : j’ai adopté le principe des intérêts composés.

Je ne disposais d’aucun des moyens intellectuels, administratifs et financiers dont peuvent s’entourer les dirigeants politiques.

Je n’avais ni cabinet ministériel, ni armée de conseillers, ni bataillon d’économistes.

J’avais simplement une idée, un ordinateur et une conviction : la capitalisation collective à très long terme pouvait transformer radicalement le financement de notre société.

De cette réflexion sont nés trois grands projets.

1. Le remboursement de la dette publique française

Aujourd’hui, cette dette avoisine 3.600 milliards d’euros.

Plutôt que de prétendre la rembourser en multipliant les économies budgétaires, les prélèvements et les sacrifices, je propose de constituer un fonds souverain alimenté par une épargne populaire de longue durée.

Ses revenus financiers seraient progressivement affectés au remboursement de la dette.

L’objectif est son remboursement intégral, sans augmentation des impôts.

2. L’abolition progressive de la fiscalité d’État

Pourquoi considérer comme éternellement indispensable le financement de l’État par les impôts ?

Un fonds souverain suffisamment capitalisé pourrait progressivement procurer à l’État les dividendes nécessaires à son fonctionnement.

Mon objectif est donc le remplacement, à très long terme, de la fiscalité d’État, datant de 5.000 ans, par les revenus d’un capital collectif.

3. Le capitalisme humaniste et le dividende universel

Pourquoi réserver les bénéfices du capital aux seuls propriétaires privés ?

Je propose de constituer un troisième fonds souverain dont les dividendes permettraient, à terme, de verser un revenu universel à chaque habitant, indépendamment de son activité professionnelle et sans prélèvement fiscal destiné à financer ce dividende.

Non pas abolir le capitalisme, mais en faire bénéficier l’ensemble de la population ! En faire un capitalisme HUMANISTE.

Voilà les trois perspectives que j’explore depuis 1999.

Et voilà pourquoi je trouve singulièrement timorée une proposition de fonds souverain qui paraît s’arrêter au seul financement des retraites.

La Norvège a démontré la puissance du temps

Lorsque je commençai mes calculs, le fonds souverain norvégien était encore à ses débuts.

Depuis, il est devenu l’un des plus importants fonds d’investissement au monde, avec un patrimoine de l’ordre de 2.000 milliards d’euros.

Certes, la Norvège a bénéficié de ses recettes pétrolières.

Mais le mécanisme essentiel est celui que j’avais identifié : constituer un capital, l’investir, réinvestir les bénéfices et laisser agir le temps.

La Norvège a montré ce que pouvait produire une politique financière poursuivie pendant plusieurs décennies.

Pourquoi la France ne pourrait-elle pas concevoir ses propres instruments de capitalisation collective, adaptés à ses ressources et à ses objectifs ?

Pourquoi limiter leur ambition à une fraction de nos besoins sociaux ?

Le fonds souverain n’est pas seulement une tirelire destinée à améliorer les retraites. Il peut devenir un instrument majeur de transformation économique et sociale.

Encore faut-il avoir l’ambition de l’utiliser !

Gabriel Attal et 2027

Gabriel Attal nourrit des ambitions présidentielles.

Il souhaite proposer aux Français une perspective politique pour 2027.

Mais que pourrait-il présenter qui distingue profondément son programme économique de ceux de ses concurrents ?

Je suis convaincu qu’en adoptant mes trois projets, il disposerait d’un programme d’une originalité et d’une portée considérables.

Rembourser progressivement la dette publique.

Faire disparaître progressivement la fiscalité d’État.

Instaurer, à terme, un dividende universel financé par les bénéfices d’un capital collectif.

Voilà qui changerait quelque peu des éternelles promesses d’économies budgétaires, de réductions de dépenses et de réformes fiscales !

Je suis même convaincu qu’un tel programme pourrait bouleverser les perspectives de sa candidature et le placer en tête des intentions de vote.
Et, au-delà, il pourrait être élu au premier tour !

C’est ma conviction politique, et je l’assume.

Mais il faudrait pour cela que Gabriel Attal accepte de dépasser la conception actuellement bien limitée du fonds souverain défendue par son entourage parlementaire.

Et qu’il accepte également d’examiner sérieusement des propositions élaborées en dehors des cercles habituels du pouvoir.

Je lui ai communiqué mes réflexions.

J’attends toujours une véritable discussion sur leur contenu.

Alors, Monsieur Attal ?

Je vous félicite d’avoir compris l’intérêt de créer un fonds souverain.

Mais je vous reproche de ne pas pousser beaucoup plus loin cette excellente intuition.

Vous avez à votre disposition une idée susceptible d’ouvrir des perspectives économiques et sociales considérables.

Pourquoi vous contenter d’en explorer une petite partie ?

Est-ce un manque d’ambition ?

Un manque d’imagination ?

Ou simplement une illustration du fameux principe de Peter ?

Je vous laisse le soin de répondre.

Et je vous le dis sans détour : si vous adoptez mes trois grands projets et vous engagez à les défendre, vous aurez tout mon soutien pour votre candidature à la présidence de la République en 2027.

Voilà qui devrait vous rassurer : ma critique n’est pas celle d’un adversaire irréductible, mais celle d’un citoyen qui estime que vous pourriez faire beaucoup mieux.

Et maintenant, puisque je viens d’invoquer le principe de Peter pour examiner votre carrière, il serait assez inconvenant de prétendre y échapper moi-même.

Je terminerai donc par une question que je soumets volontiers à mes lecteurs, à mes contradicteurs et, pourquoi pas, à Gabriel Attal lui-même :

« Et moi, Jean-Pierre Llabrés, ai-je déjà atteint mon niveau d’incompétence ? »

J’attends les réponses.

Depuis vingt-sept ans, j’ai appris à patienter ! )